Comptabilité dans les églises et mosquées recommandée par l’Ohada : « En cas d’infraction, l’église ne protègera personne… », dixit le Pasteur Marcellin Koba

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C’est une exigence pour les églises, mosquées etc. de tenir des comptabilités rigoureuses à partir de janvier 2024. Une décision de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) qui a suscité beaucoup d’encre et de salive. Nous voici en plein pied en 2024. Mais cette recommandation de l’Ohada est-elle déjà effective sur le terrain ? A bâton rompu, Marcellin Koba, Pasteur de l’Eglise Biblique de la Vie Profonde nous parle des dispositions prises au sein de cette église.

Bonjour Pasteur ! Merci pour votre disponibilité. Nous allons nous entretenir avec vous sur la nouvelle réglementation imposée par l’Ohada. Alors dites-nous, comment l’Eglise Biblique de la Vie Profonde a-t-elle accueillie cette nouvelle ?

Bonjour M. le journaliste ! Je vous remercie pour l’opportunité que vous nous donnez de nous exprimer sue ce sujet quand même important. Il n’y a pas accueil particulier parce que l’église est respectueuse de la République. L’église est participante de tout ce qui est de l’ordre selon les instructions de Dieu parce que la Bible nous dit que « les autorités sont établies par Dieu ». Donc les autorités civiles ou sur le plan social dans une Nation émanent de Dieu. Nous devons donc respecter les lois, principes et tout ce qui est instruction donnée par les gouvernants. Et dans cette logique, nous trouvons que cette nouveauté est la bienvenue puisque ça va nous permettre de mieux nous organiser et de mieux voir du point de vue administratif ce que nous faisons en matière de gestion de ressource financière, matériel, etc.

Que dit la Bible sur ce sujet ?

La Bible, la parole de Dieu, est le plus complet des ressources que nous avons sur terre en matière d’organisation de la société. Et quand disons société, l’Eglise en fait partie. Donc en matière d’administration, la Bible est remplie de Genèse à l’Apocalypse d’instructions pour bien gérer, bien administrer. Comme exemple, pour devenir, l’apôtre Paul a recommandé un certain nombre de chose. En Tite chapitre 1 verset 7, « car, il faut que l’évêque soit irréprochable, économe de Dieu ». Donc pour être irréprochable, il va falloir avoir une comptabilité transparente. En effet, mettre une disposition bien définie des ressources matérielles, financières et humaines en place. Dans cette logique, je trouve que l’église est même respectueuse des principes qu’aujourd’hui nos pays par le biais de l’Ohada sont en train de nous imposer. Je pense que c’est une bonne occasion pour que les églises dans leur ensemble puissent se conformer. D’autres références bibliques évoquent le sujet. Vous pouvez lire également 1Rois 4 : 5-7, 1 Chronique26 :24, Matthieu 20 : 8 puis Luc 16 :2. On connait la parabole des talents dans l’Evangile de Mattieu 25 : 14-30 où des talents ont été confiés à des serviteurs et après le Maitre est revenu leur demander de rendre compte. Et je voudrais même dire que la notion de reddition de compte ou de redevabilité est biblique, spirituelle car, nous le savons tous à la fin des temps Dieu va inviter chacun à rendre compte. Et pour rendre compte, il faut tenir une comptabilité donc mette en place le dispositif de gestion des organisations du service de l’administration pour pouvoir avoir la traçabilité de toutes dépenses, les preuves de toutes les dépenses et les justifications des dépenses, etc. à notre niveau, nous savons ce qu’il y à faire et ce qui reste c’est réajuster, suivre le canevas demandé.

Pasteur, cette décision historique, annoncée lors du Conseil des ministres tenu à Niamey en décembre 2022, marque un tournant dans la gestion financière des institutions religieuses au sein des 17 pays membres de l’OHADA : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Congo, Comores, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée-Équatoriale, Mali, Niger, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad et Togo. Alors, à ce jour, est-ce que cette église s’est conformée à cette règle ?

Bien sûr ! si cela a été adopté par nos Etats, nos gouvernants, nous n’avons pas le choix que de nous conformer. Avant le 1er janvier 2024, il y a eu beaucoup d’annonces, de sensibilisation et aussi d’informations avec les leaders d’église et tout ce qui est organisation non lucrative. Je pense qu’on a été informé dans une certaines mesures. J’aurais aimé que ça commence parce que comme on le dit les habitudes quand elles sont mauvaises ont la peau dure. A notre niveau, nous avons eu des séances avec nos pasteurs et des instructions ont été données sur la nouvelle façon de procéder. C’est non négociable. Néanmoins, nous allons considérer l’année 2024 comme une année de transition.

Avoir des comptables du moins une comptabilité formelle. Ça fait quand même des dépenses de plus en matière de paiement de salaire. Selon vous, ce n’est pas trop demandé aux églises ?

Affirmatif ! mais c’est nécessaire et en même temps important parce que dans le milieu nous voyons qu’il y a aujourd’hui certaines négligences et cette question ne passe pas en premier lieu alors que nous produisons beaucoup de données qui ne sont pas bien gérées. Le fait donc de négliger ces questions n’est pas bien l’organisation. Si cela nous est imposé aujourd’hui, je crois que chaque dénomination trouvera les moyens de se conformer. Il faut donc commercer à l’interne à travers la sollicitation des compétences des frères de l’église moyennant quelque chose et finir par trouver les mécanismes adéquats afin d’avoir des résultats probants.

Carte sur table ! Comment la gestion des fonds de l’église se faisait ?

Nous avons plusieurs types de ressources : les dimes et les offrandes. Il y a également d’autres mobilisations de fond exclusivement pour une action donnée dans l’église. Comme exemple, l’acquisition d’une parcelle pour l’église pour construire un nouveau temple. Là, ce sont des appels de don qui sont lancés. Alors pour les ressources qui sont collectées habituellement : les dimes et les offrandes, sont remontées au siège national où une répartition des dépenses courantes : le paiement des salaires, les charges fixes, l’électricité, l’eau, le soutien social des fidèles en difficultés etc. seront faites. Tout cela est formalisé par une requête adressée au comité de gestion. Donc c’est assez organisé, structuré. Tout se fait donc dans une chronologie bien définie comme dans une administration publique.

Cette réforme est largement perçue comme un pas nécessaire vers la transparence et la bonne gouvernance dans le secteur non lucratif. Quelle est votre opinion à cet effet ?

Je suis en train de parler d’une dénomination spécifique mais de façon générale, il faut avouer que ça ne se passe pas toujours comme ça. Puisque l’église est membre d’autres fédérations d’églises et des échos nous parviennent que dans certaines Assemblées, les ressources ne sont pas structurées et il manque souvent de transparence dans les gestions. Ce qui pose des problèmes plus tard. Donc si aujourd’hui l’Ohada décide que toutes les organisations à caractère non lucratif doivent respecter, je pense que cela va permettre : d’assainir la question de gestion dans ces milieux-là parce que même s’il s’agit de l’église où la défense des valeurs spirituelles, les valeurs célestes priment, il ne faut pas oublier que nous sommes sur la terre et que les ressources mobilisées viennent des fidèles qui sont des concitoyens. Il va falloir donc aider à bien gérer là où cela est nécessaire.

Ce n’est pas un serment ! Mais c’est envisageable. Si à l’avenir, on assistait à une malversation financière, que ferait l’église dans ce cas ?

Dans un premier temps, l’église à son dispositif de sanction à l’interne que ce soit pour les finances ou pour autre chose. Dès qu’un fidèle, un responsable, un leader commet un acte qui n’est pas bibliquement recommandé, il y a des dispositifs de sanctions. Donc la personne est sanctionnée selon les règles de l’église. Coté ressources financières, la sanction irait même jusqu’à se conformer aux textes règlementaires de la société. L’église ne protégera pas ceux qui ne se comportent pas bien. Parce que nous prêchons, nous enseignons la vertu et nous ne dévons pas accepter de telle chose. Donc si après contrôle quelqu’un est épinglé, il ne s’agira ni de protéger ni de défendre.

Avez-vous une recommandation à faire ?

Parlant de recommandation, je voudrais que tous les leaders des milieux ecclésiastiques, se conforment à lettre aux injonctions parce que cela est la preuve que nous obéissons et que nous craignons Dieu. S’il y a des lois qui nous imposent quelque chose, nous devons nous y conformer. Je dois profiter pour dire qu’au début, cela a été perçu comme une forme de persécution du gouvernement dans les églises, de la politique dans les affaires religieuses. Mais avec le temps et les informations, je pense que ces ombres ont reculé et aujourd’hui et avec beaucoup de lucidité on contacte que ce sont des mesures qui visent à nous aider à mieux nous organiser. Pour cela j’appelle et je recommande vivement dans un premier temps que la sensibilisation continue et que les leaders forment leurs cadres pour pouvoir s’approprier ces textes-là et commencer par bien les appliquer. Qu’il y ait aussi d’accompagnement pour limiter beaucoup de dégâts. Je recommande aussi que les leaders même-s’ils ne sont pas directement concernés du moment où ils ne manipulent pas les chiffres, les documents, qu’ils veillent à ce que cela soit respectés pour ne pas être pris au dépourvu. Il faut aller au contrôle de temps de temps pour s’assurer que le travail est en train d’être bien fait pour ne pas être surpris à la dernière minute que les documents n’ont pas été actualités, les prévues des dépenses n’ont pas été déposées à temps, etc. Bref, il faut qu’il y ait un dispositif de suivi pour qu’à l’heure du bilan tout se passe bien. Et en cas d’infraction, l’église ne protègera personne.
Votre mot de la fin !
C’est de saluer pour l’initiative et que le Seigneur vous bénisse. J’aimerais profiter pour dire que l’église est respectueuse des textes de la République et se met devant pour monter que nous servons un Dieu d’ordre.

Réalisation : Mahussé Barnabé AÏSSI

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